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Friederich Hayek : Ses idées néolibérales font fureur chez les conservateurs du tea party (1899-1992)

En fustigeant l’intervention de l’Etat et l’abstraction des théorèmes mathématiques appliqués à l’économie, ce cacique de l’école Autrichienne s’est taillé une large audience dans la frange électorale la plus radicale des Etat-Unis

SA VIE : Hayek a longtemps trainé une réputation sulfureuse, notamment en France. Maître à penser du néolibéralisme qui a triomphé dans les années 1980, de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par le Chili de Pinochet, son œuvre ne peut-être réduite à cette seule dimension : elle est le fruit d’une vision hétérodoxe du monde, qui puise aussi bien dans le droit, la politique et la philosophie des sciences que dans la théorie économique.

Friedrich August von Hayek naît à Vienne, en 1899, dans une famille d’intelectuels. A son retour du front italien en 1918, il entame des études de sciences politiques et de droit à l’université de Vienne, ou il deviendra enseignant après avoir été l’élève du libéral Lidwig von Mises.

Meurtri par l’explosion de l’empire austrohongrois, le pays souffre alors d’une inflation galopante et d’une instabilité politique qui inquiètent le jeune prof. En 1931, dans « Prix et production », il réfute les arguments avancés par Keynes pour sortir de la crise de 1929 : pour lui, vouloir rétablir le plein emploi par une politique d’expansion monétaire fait courir le risque d’une envolée des prix er crée les conditions d’un chômage futur. Cette analyse le fait remarquer par la London School of Economics où il est recruté comme professeur. En 1938, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie , il demande et obtient la nationalité britannique. S’écartant un temps de la recherche pure, il publie un ouvrage polémique en 1944, « la route de la servitude », dans lequel il attaque avec force le socialisme et sa version « light », la planification d’Etat, mais aussi le dirigisme des fascistes.

Face au Keynésianisme triomphant des Trente Glorieuses, Hayek s’est toujours posé comme le promoteur inlassable des idées libérales. En 1947, il fonde la société du Mont-Pèlerin (Suisse), un think tank favorable à l’économie de marché, qui compte une trentaine de membres, dont les français Maurice Allais (notre seul « Prix Nobel » en économie) et Bertrand de Jouvenel. Trois ans plus tard, il devient professeur à l’université de Chicago. En 1962, il rentre en Europe et donne des cours à l’université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), puis à celle de Salzbourg (Autriche), ou il enseignera après sa retraite. « Nobélisé » sur le tard, en 1974, pour des travaux datant des années 1930, il s’éteint à l’âge respectable de 93 ans.

SES THEORIES : L’œuvre de Friedrich Hayek est celle d’un lutteur, ponctuée de succès et de revers, mais toujours inspirée par la volonté d’ébranler les postulats de Keynes – qui fut pourtant un ami – et les fondements du socialisme, dont il estime qu’ils reposent tous deux sur une erreur intellectuelle, une fausse conception du monde. D’où cette triple réflexion, qu’il mène de front, sur l’économie, les sciences et le rôle de la société et de l’Etat.

Le point de départ est son aversion pour l’inflation, « le mal économique absolu », qui le rapproche des monétaristes, notamment de Milton Friedman. Hayek affirme qu’une politique monétaire expansioniste –un accroissement de la masse monétaire, par l’usage de la « planche à billets » ou d’autres leviers – donne l’illusion d’un retour à la croissance et d’une baisse du chômage. Illusion estime-t-il, car si la création monétaire entraîne effectivement une baisse des taux d’intérêts, donc une relance des investissements et de l’activité, elle développe à terme plusieurs effets pervers, comme des distorsions dans la structure des prix qui, au final, déstabilisent les entreprises et provoquent un chômage encore plus massif qu’avant.

D’où vient cet aveuglement ? D’une conception biaisée de l’économie, dénonce Hayek dans « Scientisme et sciences sociales, essai sur le mauvais usage de la raison » (1952). Le scientisme, explique-t-il, c’est « l’imitation servile de la méthode et du langage des sciences ». Or, selon lui, les sciences dures – la physique, les maths – et les sciences sociales – comme l’économie – n’ont absolument rien à voir. « L’application des méthodes des sciences exactes aux sciences sociales en fait des disciplines objectivistes qui ne prennent pas en compte la diversité des interprétations individuelles et la subjectivité des faits sociaux», avance l’Autrichien. En clair, la plupart des actes d’un citoyen-salarié-consommateur ne sont pas des faits objectifs qu’on peut réduire à des équations ou à des formules mathématiques. Toutes les tentations planificatrices, qu’elles soient socialistes, fascistes ou interventionnistes, sont donc vouées à l’échec parce qu’elles ne sont que « l’application des principes de la mécanique à l’ensemble de la société. »

Dans la pensée hayekienne, l’économie n’est pas un monde clos, où un organisme d’Etat calcule la meilleure allocation possible des ressources, puis impose aux entreprises et aux individus le résultat de ses calculs. C’est un système ouvert où de nouvelles demandes et de nouvelles offres se créent sans cesse. Dans ces conditions, seul le marché libre et concurrentiel, qui encourage l’initiative individuelle, peut favoriser la croissance et déterminer la meilleure distribution des revenus. Un autre penseur du libéralisme, Raymond Aron, disait : « Les hommes font leur histoire, même s’ils ne savent pas l’Histoire qu’ils font .» Sous la plume de Hayek, cela donne : « Les réalisations économiques, sont le résultat des actions des hommes, mais non de leurs intentions. » Conclusion : l’économie échappe nécessairement à la planification rationnelle, des Etats comme des hommes. Il développe cette thèse et, plus largement, celle de la supériorité du libéralisme dans « La constitution de la liberté (1960), l’une de ses œuvres majeures. Mieux vaut privilégier, écrit-il, « une tradition qui a passé le test du temps qu’une quelconque autorité publique ».

Mais Hayek va plus loin, en établissant un lien direct entre le fonctionnement d’une économie libre et le fonctionnement d’une économie libre et le système politique. Dans « Droit, législation, et liberté » (trois volumes publiés entre 1973 et 1979), il expose son idée maîtresse selon laquelle le marché est l’unique instrument non contraignant qui permette de coordonner les actions d’individus qui ne se connaissent pas. L’ordre spontané qui en découle, appelé « catallaxie » - du grec « katallatein », qui signifie échanger -, constitue à ses yeux le socle le plus solide d’une société libre. La raison des hommes ne suffit pas : les variables économiques et les rapports entre individus changent trop vite et trop souvent pour qu’un gouvernement décide à un moment donné que tel plan est meilleur que tel autre. Seul le marché peut organiser les activités humaines. Et comme son mystère et sa complexité nous dépasse, ne feignons pas de les mettre en ordre.

«La liberté laissée à chacun d’utiliser les informations dont il dispose pour poursuivre ses propres desseins est le seul système qui permette d’assurer la mobilisation optimale possible de l’ensemble des connaissances dispersées dans le corps social », assure Hayek. Les régimes communistes, dit-il encore, ont montré à l’extrême cette impuissance de la raison. Dans l’un de ses derniers ouvrages, « La Présomption fatale, les erreurs du sociailisme » (1988), ce chantre du laissez-faire dresse le bilan accablant de cette volonté de démiurge qui anime les planificateurs. Selon lui, il ne suffit pas de défendre le libéralisme : il faut œuvrer sans relâche pour affaiblir l’Etat. Car, « laisser la loi aux mains de gouvernants élus, conclut Hayek, c’est confier le pot de crème à la garde du chat ».

SON ACTUALITE : L’Autrichien a regretté de ne pas avoir assez ferraillé avec Keynes, « un homme de grande intelligence mais aux connaissances limitées en théorie économique », écrira-t-il en 1976. Eclipsé par son rival pendant près de trente ans, Hayek n’est revenu sur le devant de la scène qu’à la fin des années 1970, quand la stagflation – inflation forte, croissance nulle et chômage élevé – a frappé la plupart des pays occidentaux, invalidant du coup les politiques keynésiennes menées jusqu’ici. Ronal Reagan et Margaret Thatcher l’ont porté aux nues. Plus récemment, le Tea Party, ce mouvement ultraconservateur américain qui s’oppose depuis quatre ans aux plans de relance budgétaire de l’administration Obama, en a fait son héros.

En 2010, Glenn Beck, un présentateur en vue de la chaine républicaine prorépublicaine Fox News, a décrit « La Route de la servitude » comme « le meilleur bouquin qui soit ». Le lendemain, les libraires étaient pris d’assaut. Le livre figure toujours dans le top 20 des ouvrages économiques sur Amazon.com. Paradoxe : dans un long texte paru en 1960, Hayek avait pourtant pris soin d’expliquer qu’il n’était pas conservateur : « L’un des traits fondamentaux du conservatisme, c’est la peur du changement. Le libéralisme, lui, veut aller quelque part, non pas faire du surplace. »

Quand « Maggie » écrivait à « Freddie »… Le 3 Mai 1979, Margaret Thatcher remporte les élections législatives en Grande Bretagne. Deux jours plus tard, Friedrich Hayek lui envoie le télegramme suivant : « Merci pour le plus beau cadeau qu’aucun n’ait pu me faire pour mon quatre-vingtième anniversaire. » La future « Dame de fer » lui répond le 18 : « J’ai eu un grand plaisir et je suis très fière d’avoir tant appris de vous dans les dernières années. » Leur correspondance ne va plus cesser. Hayek la presse de passer en force, contre l’avis des syndicats. Elle lui écrit, comme en s’excusant, que « cela aurait causé trop de troubles sociaux et économiques. » Leur échange sur le Chili de Pinochet est étonnnant. « Je connaissais, écrit Margaret Thatcher, le succès remarquable de l’économie chilienne dans la réduction de la part des dépenses du gouvernement […] Cependant, je suis certaine que vous conviendrez avec moi qu’en Grande Bretagne, avec nos institutions démocratiques et la nécessité d’un haut niveau de consentement, quelques-unes des mesures imposées au Chili sont tout à fait inacceptables […] Parfois, le processus peut sembler très lent. Mais je suis certaine que nous ferons nos réformes dans notre propre voie […] Alors, elles résisteront. »