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Jean-Baptiste Say : Avec sa loi de l’offre, un nouveau produit trouve forcément un débouché.

Figure de l’école classique, cet industriel du coton, qui travailla aussi dans les assurances ou la presse, avait lu Adam Smith dans le texte. Il voyait dans le chef d’entreprise le moteur de l’économie. Un pionnier de la « PME attitude ».

SA VIE : Jean-Baptiste Say est un enfant de la révolution de 1789. Elevé selon des principes protestants et libéraux (autrement dit progressistes), ce fils d’un négociant en soierie lyonnais part en Angleterre pendant deux ans pour y étudier la langue et le commerce. Il en revient convaincu qu’une remise à plat économique est indispensable en France pour mettre fin aux vieilles coutumes qui brident l’essor du pays. Une relation de son père lui offre alors un poste d’actuaire dans l’une des toutes premières compagnies d’assurances. A Paris, le jeune homme fréquente les milieux girondins et devient un républicain convaincu : il s’engage dans les armées de la République et combat à Valmy en 1792. Il collabore un temps au « Courrier de Provence », le journal révolutionnaire de Mirabeau. C’est à cette époque qu’il lit pour la première fois, grâce à sa maîtrise de l’anglais, les « recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », d’Adam Smith. A la fin de la terreur, Say fonde une revue et rédige divers articles sur la culture et l’économie. Fort de cette petite notoriété, il est remarqué en 1800 par Bonaparte, alors premier consul, qui lui propose de siéger au Tribunat. L’entente entre les deux hommes ne dure pas. Libéral convaincu, Say ne peut cautionner l’interventionnisme bonapartiste. Lorsque Bonaparte se mue définitivement en Napoléon et laisse éclater au grand jour ses ambitions impériales, Say abandonne la politique et décide de se lancer dans l’industrie. Tandis que l’un de ses frères, Louis, fonde une raffinerie de sucre promise à un bel avenir (Béghin Say), Jean-Baptiste choisit le textile et s’installe dans le pas de Calais. L’affaire démarre bien : de 80 ouvriers elle passe à 400 en moins de 5 ans. Say fait alors figure de patron moderne, préoccupé par la question sociale. Mais comme tant d’autres économistes avant et après lui, il se révèle piètre gestionnaire et sa manufacture finit par pérécliter. Profitant du changement de régime après la chute de l’Empire en 1815, il devient professeur d’économie industrielle au conservatoire des arts et métiers, avant d’occuper la toute première chaire d’économie politique au Collège de France, un an seulement avant sa mort en 1832.

SES THEORIES : « Adam Smith est mon maître », avouait volontiers Jean-Baptiste Say. Lorsque je fis mes premiers pas dans l’économie politique […], il me montra la bonne route. Appuyé sur sa « richesse des nations », qui nous découvre en même temps la richesse de son génie, j’appris à marcher seul. » Car Say n’a pas fait que diffuser en France les idées de l’Ecossais. On lui doit trois thèses majeures, qui s’éloignent sensiblement de la pensée de Smith. La première théorie est la théorie de la répartition. Say part de l’idée que la production se réalise grâce à trois facteurs : le travail humain, le capital et les agents naturels (notamment la terre). Ces trois éléments indispensables sont acquis à un prix fixé par le jeu de l’offre et de la demande. Et c’est l’entrepreneur – à qui Say accorde une place centrale – qui les combine plus ou moins judicieusement. Hommes, machines et matières premières sont donc associés pour créer les produits nécessaires à la satisfaction des consommateurs. Les salaires et les profits étant déterminés en fonction de l’offre et de la demande, chacun reçoit le juste salaire de sa participation à l’œuvre commune. Il y a conformité entre la distribution naturelle des revenus et la justice sociale. Dans une économie de marché, affirme Say, tout se tient.

On vivait très bien sans eux. Aujourd’hui, on ne peut plus s’en passer.

D’après Jean-Baptiste Say, tout produit nouveau répond à un besoin et crée de lui-même sa propre demande. Si le produit en question crée, en plus, ledit besoin – grâce à un marketing habile doublé d’une rupture technologique -, c’est le jackpot pour son fabricant. Voici quatre exemples.

Deuxième théorie : celle de la valeur, fondée non pas sur le travail comme chez Smith, mais sur l’utilité. Contrairement à son père spirituel qui ne s’intéressait qu’à l’industrie, Say élargit la notion de travail productif à l’ensemble des services : le médecin, le militaire ou le fonctionnaire participent comme l’ouvrier à la production. Leur utilité sociale est équivalente.

Troisième théorie, de loin la plus célèbre, la fameuse « loi des débouchés » (ou « loi de Say » aux Etats-Unis). « Il est bon de remarquer, écrit-il, qu’un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits. » En résumé, les produits s’échangent contre des produits. Ou, dit autrement, l’offre engendre la demande, et non l’inverse. L’argent gagné en vendant un produit est dépensé en vendant un produit est dépensé pour en acheter d’autres. L’offre de et la demande s’équilibrent donc forcément, et il ne peut y avoir de crise de surproduction générale. On retrouve ici le crédo de Smith, pour qui le marché seul permet de réguler l’activité. La fonction de l’Etat ? Réduite au strict minimum : garantir la protection des biens et des personnes, entretenir les réseaux de communications pour faciliter le transport des marchandises et promouvoir l’éducation afin de diffuser le progrès technique. Say apparaît comme un incorrigible optimiste, partisan du laisser-faire, qui balaie d’un revers de main toutes les objections.

SON ACTUALITE : La loi des débouchés a suscité de nombreuses critiques, car elle passait totalement sous silence le rôle de la monnaie, vue comme un simple outil d’échange (un « voile »). Marx et Keynes, par exemple, ont montré qu’elle joue au contraire un rôle actif dans le circuit économique. Parce que ceux qui en disposent peuvent thésauriser plutôt que d’acheter de nouveaux biens, ouvrant ainsi la voie à une crise de surproduction. Ou parce que l’Etat, s’il augmente la quantité de monnaie en circulation, entraine une baisse des taux d’intérêts, qui stimule l’investissement et la production. Longtemps oubliée, l’œuvre de Say a toutefois fait l’objet d’une relecture ces dernières années, qui a mis en lumière sa vision très moderne de l’entrepreneur. Pas le simple gestionnaire. Celui qui compose au quotidien avec l’incertitude. « Un certain risque, disait ce grand libéral, accompagne toujours les entreprises industrielles […] ; l’entrepreneur peut, sans qu’il y ait de sa faute, y compromettre sa fortune, et, jusqu’à un certain point, son honneur. » Raison qui rend ses services « un peu plus chers ». De combien ? C’est tout l’enjeu du débat actuel sur le salaire de nos grands patrons…