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Milton Friedman : Il a prêché toute sa vie contre les méfaits de la dépense publique.

Parce qu’il plaçait plus haut que tout « la liberté du choix, le titre de son libre le plus célèbre, le fondateur de l’école monétariste de Chicago a bataillé sans relâche contre les politiques de l’Etat providence. La « règle d’or », c’était lui…

SA VIE : A. Milton Friedman naît en 1912 à Brooklin, dans une famille juive d’origine modeste. Grâce à ses talents, il postule à une bourse qui lui permet de poursuivre ses études supérieures à l’université de Chicago. Il commence par les mathématiques, mais oriente très vite vers l’économie. A cette époque, il rencontre sa future épouse, Rose Director, qui sera aussi sa compagne intellectuelle. En 1935, Friedman intégre le National Bureau of Economic Research, qui met en musique les décisions de Roosevelt concernant le new deal. Il devient enseignant, d’abord à l’université Columbia à New York, puis en 1946, son doctorat en poche, à celle de Chicago, où il fonde l’école monétariste. Il y reste pendant trente ans, jusqu’à la retraite, et rejoint la Hoover Institution, à l’université Stanford en Californie ou il finira sa vie. Parallèlement, il poursuit une carrière de conseiller économique des républicains américains, d’abord auprès du candidat Barry Goldwater, puis au côté des présidents Nixon et Reagan.

SES THEORIES : Friedman est le chantre de la liberté et du libéralisme, qu’il estime mieux représenté par les républicains, alors que les démocrates demeurent fidèles à l’héritage keynésien. Toute la pensée économique de Friedman s’est en effet construit contre Keynes et contre les politiques d’intervention publique que ce dernier a inspirées. Dans les années de grande croissance, après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la crise des années 1970, bien peu de politiques et de conseillers économiques remettaient en cause la gestion de l’Etat providence inspirée par l’Anglais. Milton Friedman se passionne alors pour les questions monétaires afin de démontrer, preuves à l’appui, que les keynésiens font fausse route sur ce sujet. Il reprend la théorie quantitative de la monnaie d’Irving Fisher, pour la compléter et en faire l’arme absolue contre Keynes, son grand rival.

Dès 1957, dans « Une théorie de la fonction de consommation », Friedman conteste que l’augmentation des revenus entraîne automatiquement une croissance de la consommation. Pour lui, en effet, le revenu d’un agent économique est réparti entre le « revenu permanent », celui qui est déterminé par le patrimoine, la qualification professionnelle et la carrière prévisible, et le « revenu accidentel », qui résulte des modifications de l’environnement à court terme (hausse ou baisse des impôts, primes salariales, gains ou pertes exceptionnels…). Un ménage cale sa consommation sur le revenu permanent et non sur le revenu permanent et non sur l’effet d’aubaine ou de malchance résultant d’une politique économique. Le revenu accidentel n’a d’effet majeur que sur l’épargne, par l’endettement ou par l’investissement. En clair, les actions de relance de la consommation menées par l’Etat, en injectant par exemple du pouvoir d’achat grâce à une hausse des prestations sociales, se perdent dans l’horizon à long terme des ménages. Si l’on augmente artificiellement leurs revenus, ils ne dépensent pas ce surplus, ils l’épargnent, en vue de leur retraite. Les politiques de soutien à la demande n’ont donc pas de sens. Parallèlement, Milton Friedman introduit la notion de « chômage naturel », nous dirions aujourd’hui « structurel », qui ne peut être réduit par des décisions conjoncturelles du gouvernement, lesquels ont pour inconvénient de brutaliser le marché du travail et d’engendrer des effets pervers tels que le refus d’embauche pour les employeurs. A l’en croire, un système d’indemnisation trop généreux peut freiner la motivation des chômeurs à rechercher un emploi. Le chômage structurel ne peut être combattu que par des réformes de structure, comme l’introduction d’une plus grande flexibilité sur le marché de l’emploi.

Mais au-delà de ces considérations d’économie générale, les principaux travaux de Milton Friedman portent d’abord sur la monnaie et l’inflation. En 1963, il publie avec Anna Schwartz une monumentale étude historique, « Une histoire monétaire des Etats-Unis, 1867-1960 », dans laquelle il affirme que « l’inflation est toujours un phénomène monétaire », que l’augmentation de la masse monétaire conduit inéluctablement à des tensions inflationnistes, et que, par conséquent, la création monétaire (« les manipulations keynésiennes ») ne peut pas faire baisser durablement les chômage. « La cause immédiate de l’inflation est toujours et partout la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production » (« Inflation et systèmes monétaires », 1976). Il y voit le pêché capital des politiques économiques d’inspiration Keynésienne, qui, en privilégiant le déficit budgétaire et les stratégies de relance, préparent des lendemains funestes pour le porte-monnaie des ménages.

« Une société qui place l’égalité devant la liberté n’aura aucune des deux », affirmait-il en 1990.

Pour Friedman, l’intervention de l’Etat perturbe l’économie de marché au lieu de la réguler. La monnaie étant une marchandise comme une autre, il faut refuser les taux de change fixes, hérités du système de Bretton Woods (1944), et accepter les taux de change flottants qui font varier la valeur des monnaies au jour le jour, sans référence à un étalon métallique. Cependant, pour construire une certaine stabilité internationale, l’économiste préconise de « livrer la conduite de la politique monétaire non plus à des individus, mais à des lois, en instituant des dispositions législatives » (« inflation et systèmes monétaires », 1976). Il convient donc d’encadrer la gestion des déficits et des taux de change par une stricte législation et d’inscrire dans la constitution des différents Etats une « règle d’or » budgétaire.

Durant les Trente Glorieuses, l’influence de Milton Friedman sur les politiques économiques demeure marginale. Mais les années 1970 signent la revanche du fondateur de l’école monétariste. La stagflation (inflation et stagnation engendrant le chômage) lui donne enfin raison. En 1973, les taux de change flottants s’imposent après l’abandon de l’étalon-or pour le dollar et les accords de la Jamaïque, signés en 1976 entre les vingt ministres des Finances des principaux pays, entérinent ce nouveau système monétaire international.

Consacré la même année par le « prix nobel » d’économie, Milton Friedman savoure sa victoire intellectuelle. Même le président démocrate Jimmy Carter est contraint de lancer des plans de lutte contre l’inflation. En 1979, Margaret Thatcher gagne les élections législatives en Grande Bretagne sur un programme monétariste et libéral, qu’elle applique avec vigueur, tandis que Ronald Reagan suit les mêmes recettes aux Etats-Unis à partir de 1981, avec pour conseiller un certain… Friedman. Le Chili de Pinochet s’inspire de ses théories, ce qui vaudra à l’économiste une rancœur tenace des gauches américaine et européennes.

Mais Friedman n’en a cure et poursuit son combat en faveur du libéralisme, préfigurant ainsi la croisade des libertariens américains, dont son fils David est l’un des penseurs, ou celle du Tea Party. En 1996, il fonde avec son épouse Rose la Milton and Rose D.Friedman Foundation, devenue The Foundation for Educational Choice, qui milite contre le système de carte scolaire aux Etats-Unis, au nom de la liberté des choix des parents. En 1998, ils publient ensemble leurs Mémoires, sous le titre « Two Lucky People ». Quelques années plus tôt, le petit gars de Brooklyn avait résumé sa pensée dans une brochure tirée de ses nombreuses conférences, « Economic Freedom , Human Freedom, Political Freedom». Il y invitait les citoyens à faire toujours plus pression sur les politiques pour accroître leurs libertés.

« Le point central au sujet du marché libre, dit-il, est qu’aucun échange ne peut se faire sans que les deux parties en tirent bénéfice. La plupart des dérives économiques, provenant de l’idée que la richesse est un gâteau de taille fixe, sont qu’une partie ne peut gagner qu’en spoliant une autre partie. La seule voie qui ait jamais existé pour faire coopérer les gens volontairement est le marché libre. C’est pourquoi il est essentiel de préserver la liberté individuelle. L’Histoire enseigne que le capitalisme est une condition nécessaire de la liberté politique. Mais elle n’est pas suffisante. Une société qui place l’égalité devant la liberté n’aura aucune des deux. Une société qui place la liberté devant l’égalité aura une grande partie des deux. Mais les gouvernements n’apprennent jamais rien, seuls les peuples apprennent. » Conclusion : c’est à l’individu de se battre pour préserver sa liberté individuelle et rogner, du même coup, les pouvoirs de l’Etat.

En dépit de son grand âge – il meurt en novembre 2006 à 94 ans -, Friedman poursuivra le combat jusqu’à son dernier souffle. Ainsi, peu de temps avant sa disparition, il proposera que les prestations sociales soient versées directement par l’Etat sous la forme d’un impôt négatif. A charge ensuite pour les particuliers de gérer leurs assurances sociales, en choisissant le niveau de couverture souhaitée. Dans la même logique, il se prononcera pour la dépénalisation des drogues. Une manière selon lui de responsabiliser les individus et d’éviter la criminalité liée à la prohibition.

SON ACTUALITE : Le débat en cours sur le rôle des banques centrales remet sur la table bon nombre d’arguments « friedmaniens ». Toute sa vie, l’intéressé a défendu l’idée que les banquiers centraux devaient en temps de crise, « injecter des liquidités » dans l’économie. Autrement dit, créer artificiellement de la monnaie pour soutenir la production et protéger les établissements bancaires faute de faillite. Faute de quoi, il existe un risque non nul qu’une récession prolongée s’installe. Friedman voyait d’ailleurs dans l’inertie de la Réserve fédérale américaine l’une des explications essentielles à la crise de 1929. Ben Bernanke, l’actuel président de la FED, lui dira un jour : « Milton, vous aviez raison, c’était nous les responsables. Nous sommes vraiment désolés. Mais grâce à vous, nous ne recommencerons pas. »

La crise de 1928 a montré la pertinence des recommandations de Friedman puisqu’elle a entraîné une réaction sans précédent de la FED et de la Banque centrale Européenne et, c’est nouveau, de manière coordonnée. Les deux institutions ont accepté de s’affranchir de leur cadre réglementaire pour adopter les « mesures non conventionnelles » que l’urgence de la situation exigeait. Elles ont mis ainsi sur le marché des montants de liquidités bien plus importants que prévu et à plus long terme, ce qui a permis d’éviter un gel total du crédit aux entreprises et des faillites en cascade. Merci qui ?

Il A VU JUSTE : La stagflation (inflation et chômage des années 1970) a validé ses prophéties.

IL S’EST TROMPE : Le « miracle chilien », dont il gratifia Pinochet n’a en fait débuté qu’après la chute du tyran.