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Joseph Shumpeter (1883-1950).Il a vu dans l’innovation le moteur du business.

Faire une réussite d’une saucisse ou d’une brosse à dents : tel était le défi qu’assignait au créateur d’entreprise ce provocateur né. Pour y parvenir, une seule solution, disait-il : de l’audace, de l’audace, toujours de l’audace ! Le Web l’aurait emballé.

SA VIE : Etre « un grand amant, un grand cavalier et un grand économiste », tels étaient les trois grands vœux de Schumpeter. Mais il ajoutait, modeste sur son influence intellectuelle, que « la vie, hélas, n’en avait exaucé que deux ». Joseph Aloïs Schumpeter est né à Triesch, ville austro-hongroise de Moravie, en 1883, l’année de la mort de Marx et de la naissance de Keyne. Alors qu’il n’a que 4 ans, son père, un industriel du textile, meurt. Il est donc élevé par un beau-père militaire, qui l’envoie dans une prestigieuse école de Vienne fréquentée par la noblesse autrichienne où, outre une solide formation littéraire classique, il s’imprègne définitivement des manières et des goûts aristocratiques de ses camarades.

En 1901, il entre à la faculté de droit de Vienne. Il y découvre, enthousiaste, la sociologie puis l’économie. C’est un étudiant brillant, une célébrité au sein de l’université, qui n’hésite pas à s’opposer violemment à ses professeurs de l’école néoclassique autrichienne. En 1906, il en sort docteur en droit. Il séjourne en Angleterre, où il se marie. Mais, en à peine quelques mois, le couple se déchire. Il quitte l’Angleterre et part s’installer au Caire comme avocat. Dès 1908, il écrit son premier ouvrage d’économie, « Nature et essence de l’économie théorique », et obtient un poste à l’université de Czernowitz (Ukraine). En 1911, dans « Théorie de l’évolution économique », il développe ses idées sur la « destruction créatrice » », s’assurant une certaine renommée. Mais il est aussi connu pour son goût de la provocation, exaspérant ses collègues en débarquant aux réunions de l’université en tenue de saut d’obstacles…

Après la Première Guerre Mondiale, il abandonne provisoirement l’enseignement et entame une carrière politique. Il participe à une commission sur la nationalisation de l’industrie du gouvernement socialiste autrichien. Puis il devient ministre des Finances du gouvernement de coalition d’Otto Bauer. Mais l’effondrement de l’empire austro-hongrois le rattrape. Comme il irrite les socialistes et leurs alliés démocrates-chrétiens, il est contraint à la démission avant de pouvoir appliquer son plan de stabilisation monétaire. Tentant de rebondir dans les affaires, il dirige pendant 4 ans une banque privée de Vienne, jusqu’à sa faillite. Il mettra 10 ans à rembourser ses créanciers.

Après ces échecs, Schumpeter retourne définitivement à l’université. En 1925, il se remarie avec une jeune femme de 20 ans. Hélas, elle meurt en couches l’année suivante. Recruté comme prof à Harvard en 1927, il s’installe alors aux Etats-Unis, se marie une troisième fois, avec une économiste, et rédige plusieurs ouvrages importants dont « Les cycles des affaires », où il développe une analyse de la croissance, et « Capitalisme, socialisme et démocratie », qui lui assure définitivement une réputation d’hérétique ». Il meurt en 1950. Son « Histoire de l’analyse économique » et « L’Essence de la monnaie » sont édités, à titre posthume par sa dernière épouse.

SES THEORIES : « Le rôle de l’entrepreneur consiste à faire une réussite d’une saucisse ou d’une brosse à dents », affirme Schumpeter. Contrairement à « l’homme aux écus », le bourgeois motivé par le profit de Marx, ou au manager rationnel et mesuré de Keynes, l’entrepreneur de Schumpeter est un « révolutionnaire », un marginal animé par ses intuitions, un instinctif qui va « contre le courant ». Pour Schumpeter, imprégné par la sociologie et le rôle des ingénieurs dans le capitalisme rhénan, l’entrepreneur bouleverse « la routine de production ». C’est un chef de bande, un meneur entraînant des fidèles dans une aventure. Il n’invente pas nécessairement, mais il innove. En exploitant de nouvelles sources de matières premières. En testant de nouveaux produits – comme Gottlieb Daimler, qui crée le premier moteur à explosion grâce aux principes de la Thermodynamique de Carnot. Ou enfin en élaborant une nouvelle organisation de la production – comme Ford T. Le profit n’est pas moteur, mais la récompense de « l’innovation dynamique ». De plus, affirme Schumpeter, les innovations ont en effet d’entrainement. En témoignent les applications civiles de l’informatique militaire, dans les entreprises, mais aussi dans les foyers, qui ont, à leur tour, chamboulé nos organisations du travail et nos modes de consommation. Pour Schumpeter, les innovations apparaissent par grappes ».

Or, devant la nouveauté, les anciennes méthodes et les anciens produits sont vite dépassés et disparaissent. Des branches entières subissent alors des reconversions, parfois brutales. Pour ne pas avoir compris que le numérique révolutionnait la photographie, la société centenaire Kodak, naguère fleuron de l’argentique, a dû demander la protection de la loi de faillites… C’est la fameuse « destruction créatrice » de Schumpeter, qu’il considère être à la base de la dynamique du capitalisme. Ce processus, dit-il, est, par nature, discontinu. Dans une première phase, l’accès au crédit est facile, les investissements augmentent et les profits aussi. L’innovation est donc facteur de croissance et d’emplois. Mais l’entrepreneur est très vite copié par de nouveaux concurrents, qui, de fait, mettent fin à son monopole. On entre alors dans une seconde phase, dans laquelle l’accès au crédit se réduit et les profits diminuent. Surviennent les premières fermetures d’usines, le chômage…

Schumpeter repère trois cycles qui se superposent : le long, ou cycle Kondratiev, de cinquante ans ; l’intermédiaire, de Juglar, de diz ans environ ; et enfin le court, ou cycle Kitchin, d’une durée de 40 mois. Ces trois vagues imbriquées expliqueraient les irrégularités de la croissance et l’alternance des phases d’expansion et de récession.

C’est surtout le cycle long (cycle de Kondratiev), divisé en deux phases de 25 ans, qui intéresse Schumpeter. Il y voit la validation de sa théorie : la première phase – qui associe croissance de la production et des prix – serait due à l’apparition de nouveaux produits ou méthodes bouleversent le système. La seconde – baisse des ventes et des prix – résulterait de l’apparition de plagiaires qui balaieraient l’avantage initialement acquis par l’entrepreneur.

Ainsi, à l’opposé des néoclassiques, obnibulés par la recherche de l’équilibre, Schumpeter considère que le déséquilibre introduit par l’innovation est un processus normal de « rajeunissement récurrent de l’appareil de production» dans un monde capitaliste sans cesse en mouvement.

SON ACTUALITE : « Messieurs, vous vous faites du soucis à cause de la dépression, vous ne devriez pas. Car pour le capitalisme, la dépression est une bonne douche froide », déclare Schumpeter en pleine crise des années 1930, à un amphithéâtre d’Harvards stupéfait. Avec l’éclatement de la bulle de la «  nouvelle économie » et les faillites spectaculaires de start-up des années 2000, le concept de « destruction créatrice » est revenu au cœur des débats. Pour l’économiste américain Jeremy Rifkin, la destruction l’emporte de plus en plus sur la création, car les nouvelles technologies ne permettent pas de créer suffisamment de postes et seraient, au contraire, très « dévoratrice » en termes d’emplois. Le français Philippe Aghion, professeur à Harvard, est plus optimiste. En formalisant mathématiquement l’intuition de Schumpeter, il est parvenu à mettre en lumière le double apport majeur de l’innovation : son côté cumulatif – le progrès s’incorpore progressivement dans les différentes générations – et redistributif – le consommateur salarié en touche une partie des fruits grâce à la baisse globale des prix. Mais Aghion n’en oublie pas la place centrale de l’Etat dans ce processus, à travers notamment l’instauration de lois et de règlements protégeant la propriété industrielle et les brevets. Ou la lutte contre les ententes illicites entre grandes firmes qui freinent l’émergence de nouveaux acteurs.

Au vu, enfin, des pratiques du monde financier, il n’est pas inutile de relire les réflexions de Schumpeter sur le sujet. Si la finance et l’entrepreneur doivent entretenir, dit-il, une relation « symbiotique », la première, indispensable par les fonds qu’elle avance à l’essor de l’innovation , est tenue de se laisser dominer par le second. Une conception qui renvoie davantage au partenaiat intelligent, de long terme, entre « business angel » et créateur, qu’à la stratégie de certains fonds d’investissement, obssédés par la rapidité de leur retour sur investissement.

 

Steve Jobs, l’incarnation de l’entrepreneur Schumpeterien.

  • Il lance de nouveaux produits sur la base d’idées qui ne sont pas forcément les siennes.

L’iPod est sorti en 2001, trois ans après les premiers baladeurs numériques à disque dur commercialisés par les rivales d’Apple : Archos, Creative et Philips.

  • Il s’impose de nouvelles formes d’organisation à toute une industrie.

Lancé en 2001, le système iTunes – un accès facile et payant à la musique – en a révolutionné la consommation, menacée à l’époque par le piratage.

  • Il conquiert de nouveaux marchés.

L’iPhone puis l’iPad ont fait décoller un business inédit : las applications. On en compte aujourd’hui plus de 580 000, pour un total de 25 milliards de téléchargements. Et sur chaque application payante, Apple prélève sa dime.

  • Il introduit de nouvelles méthodes de production.

A partir de 2004, la firme à la pomme a massivement délocalisé sa production en Chine. Pas uniquement par les bas salaires, mais surtout pour la flexibilité des usines qui permet d’ajuster la production au plus près de la demande.

  • Il s’ouvre de nouvelles sources d’approvisionnement.

Après 2005, Apple s’allie avec succès au fabricant de puces Intel, fournisseur officiel de l’ennemi de toujours : Microsoft. Une alliance contre nature qui a pris de court le rois du PC.