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NIKOLAÏ KONDRATIEV (1892-1938) : Pour lui, le capitalisme renaît toujours de ses cendres. Son analyse pionnière des cycles et des récessions contredisait la ligne officielle du parti. Fusillé par les communistes, il a montré que le long terme est une donnée essentielle. Ce théoricien russe a payé de sa vie sa vision objective des économies occidentales.

SA VIE : Né à 300 kilomètres de Moscou, Kondratiev est le fils de paysans prospères. Il étudie l’économie à Saint-Pétersbourg avec Mikhaïl Tugan-Baranovsky, auteur d’une « théorie et histoire des crises en Angleterre ». Sous son influence, le jeune Nikolaï adhère au parti social-révolutionnaire (S-R), proche du monde agricole et opposé au parti bolchévique de Lénine. Après la chute du tsar, il devient ministre du Ravitaillement dans l’un des gouvernements de Kerenski (Mai-Septembre 1917). Ecarté du pouvoir à l’issue de la révolution d’Octobre, il enseigne alors à l’Académie d’agriculture, avant de créer l’Institut des conjonctures de Moscou en 1921.

C’est l’année suivante que Kondratiev publie « L’économie mondiale et ses conjonctures », qui expose sa vision des cycles longs du capitalisme (cinquante ans chacun environ, avec une phase ascendante de croissance, plein emploi et inflation modérée, et une phase de déclin comprenant stagnation, chômage et déflation). Ce travail rencontre aussi peu d’écho en URSS qu’à l’étranger : il ne sera commenté qu’en 1926 en Allemagne, puis en 1935 dans l’une des revues de Harvard.

Favorable à une – relative –libéralisation de l’économie russe durant la nouvelle politique économique (NEP, 1921-1929), Kondratiev intervient dans la « crise des ciseaux » pour essayer de réduire l’écart entre l’inflation des prix industriels et la faible progression des prix agricoles, qui appauvrit les paysans. Il contribue aussi à établir le plan quinquennal pour l’agriculture. La fin de la NEP et la collectivisation des terres, à laquelle il s’oppose, entraînent sa disgrâce. D’autant qu’il est partisan de développer la paysannerie avant l’industrie lourde, et que sa thèse sur les cycles suppose que le capitalisme se régénère après chaque crise ! Pas très compatible avec la doxa léniniste de l’époque… Chassé de l’Institut des conjonctures en 1928, il est arrêté en 1930 et « jugé », avec d’autres technocrates non communistes, à l’issue d’un des premiers faux procès organisés par Staline. Interné au goulag, il poursuit ses réflexions économiques jusqu’à la « Grande Purge » de 1938, qui l’envoie au peloton d’exécution.

SES THEORIES : Pour étayer sa démonstration sur les cycles, Kondratiev a compilé des centaines de données : prix, balance commerciale, taux d’intérêt, production de charbon et de fonte en Angleterre, en Allemagne, en France et aux Etats-Unis. Il en conclut que le premier cycle a démarré vers 1790 et s’est achevé vers 1845, la phase de déclin ayant débuté vers 1815. Le deuxième a duré de 1845 à 1895 (avec un déclin à partir de 1875). Et le troisième est encore en phase ascendante, en 1922, lorsqu’il publie son article. Le Russe a deux intuitions géniales. D’abord, il observe que « chaque cycle émerge dans des circonstances historiques particulères, qui engendrent un nouveau développement des forces productives, et n’est donc pas la plus simple réitération du précèdent ». Mieux, il remarque que « durant la phase de déclin de chaque cycle, il survient un nombre important d’inventions dans les techniques de production et de communication, qui sont utilisées à large échelle au début de la phase ascendente du cycle suivant ».

C’est une piste que creuse avec profit Joseph Schumpeter, en 1939, lorsqu’il échafaude une analyse des « cycles K » (K pour Kondratiev). Contrairement au Russe, l’économiste autrichien ne lie pas les hauts et les bas du capitalisme à l’évolution des prix, mais à celle des techniques. Selon lui, le début de chaque cycle est associé à une « grappe d’innovation » réalisées dans certains secteurs. La phase d’expansion est due à l’exploitation de découvertes scientifiques et la phase de déclin à l’épuisement de leur potentiel, ce qui fait stagner la productivité. Le premier cycle a débuté grâce à la machine à vapeur et à la mécanisation de l’industrie textile, le deuxième avec l’apparition des chemins de fer, le troisième avec celle de la chimie et de l’électricité.

Depuis la mort de Kondratiev, deux nouveaux cycles ont émergé : le quatrième, au sortir de la seconde guerre mondiale, avec la production de biens de consommation et d’automobile (la fin de sa phase ascendante survenant lors du premier choc pétrolier). Le cinquième à la fin des années 1980, avec la révolution Internet. Nous serions actuellement dans sa phase de déclin. Certains économistes annoncent déjà le début d’un nouveau cycle vers 2020, grâce aux bio et nano-technologies.

SON ACTUALITE : A la fin des années 1980, Stanislas Menshikov, un prévisionniste de l’ONU, a remarqué que la théorie des cycles de Kondratiev suscitait périodiquement de l’intérêt dans les milieux savants mais uniquement… pendant les phases de déclin. Après l’épisode Schumpeter en 1939, elle a en effet inspiré plusieurs travaux (souvent centrés sur le rôle de la monnaie et du crédit dans la formation des cycles) entre 1970 et 1980, et elle connaît depuis quelques années une nouvelle jeunesse. Ainsi, en 2001, les théoriciens des systèmes Jim Corredine et Tessaleno Devezas ont proposé une explication des cycles fondée sur la dynamique des processus d’apprentissage et de leur diffusion, qui comprend une phase d’acquisition des nouveaux savoirs, puis une phase de consolidation. Si variées qu’elles soient, ces réinterprétations ont toutes pour vertu de nous rappeler l’importance du long terme en économie.