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Il a codifié les pratiques du commerce international.
THOMAS MALTHUS
Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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Thomas Malthus. Il a mis en garde contre l’explosion démographique.

A l’évocation de son nom, on pense tout de suite « stérilisation forcée» et « contrôle des naissances ». Même si elles étaient empreintes d’une morale anglicane pesante, les prophéties de ce pasteur sur la hausse de la population font toujours causer.

SA VIE : Thomas Robert Malthus naît en 1766 à Rookery, en Angleterre, dans une famille aisée. Son père, ami du philosophe britannique David Hume et lecteur de Jean-Jacques Rousseau, lui fait donner une éducation libérale. En 1793, il obtient une chaire à Cambridge et devient pasteur anglican. Cinq ans plus tard, il publie anonymement son « Essai sur le principe de population en tant qu’il influe sur le progrès futur de la société, avec des remarques sur les théories de M.Godwin, de M.Condorcet et d’autres auteurs », qui connaît un fort succès et déclenche des polémiques. En 1803, il fait paraître, sous son vrai nom cette fois, une version très augmentée.

L’année suivante, le pasteur se marie et devient professeur d’économie politique au collège de la Compagnie anglaise des Indes orientales, à Haileybury, au nord de Londres. Il occupera ce poste durant trente ans, jusqu’à son décès. En 1821, il entre au Political Economy Club, où il rejoint son ami Ricardo. Dans ses « Principes d’économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique » - Malthus aime les titres à rallonge… -, il recommande de réaliser des grands travaux et des palais pour les aristocrates afin de soutenir l’activité. Stigmatisant l’épargne improductive des rentiers, il voit dans les dépenses publiques le seul levier efficace pour contrebalancer les faiblesses de l’investissement privé. Un siècle plus tard, Keynes, qui le réhabilitera, dira grosso modo la même chose.

SES THEORIES : Ce que l’Histoire a retenu de Malthus, c’est sa conception, originale pour l’époque, de la démographie. Dans son « Essai sur le principe de population », il s’intéresse à la corrélation entre l’évolution de la production agricole et l’accroissement de la population en posant deux postulats : « Premièrement, que la nourriture est nécessaire à l’existence de l’homme ; deuxièmement ; que l’attirance entre les sexes est nécessaire et qu’elle restera à peu près dans l’état où nous la voyons présentement. » Les terres agricoles, poursuit-il, ne sont pas extensibles à l’infini : « Les moyens de subsistance, dans les circonstances les plus favorables, ne peuvent jamais augmenter à un rythme plus rapide sur celui qui résulte d’une progression arithmétique. » Il progresse de façon linéaire (ou arythmétique) : 1, 2, 3, 4, 5, etc. Par contre, l’augmentation de la population évolue, elle, à un rythme exponentiel : 1, 2, 4, 8, 16, etc. « Lorsque la population n’est pas arrêtée par aucun obstacle, elle double tous les 20 ans, note Malthus, et croît ainsi de période en période en période selon une progression géométrique. » L’expansion démographique, en se heurtant à la limite des ressources alimentaires disponible, se traduit forcément, conclut-il, par de la pauvreté.

Exemple : à la fin du XIXème siècle, les agriculteurs français obtiennent les tarifs Méline, qui imposent de lourdes taxes à l’importation des produits agricoles, afin de préserver les petites exploitations paysannes. La 3 ème République, qui avait alors besoin des voix des campagnes, préféra satisfaire son électorat, plutôt que de pousser à la modernisation agricole. Ce qui entraîna un retard certain de la France, par rapport à l’Angleterre notamment. Plus près de nous, on voit bien les tentations des industries culturelles traditionnelles (presse, télévision, livre, cinéma, musique), pour tenter de contenir l’expansion du numérique. Le malthusianisme est devenu ainsi le symbole des combats d’arrière-garde, qui ne peuvent que retarder les évolutions sans pouvoir les interdire. Ces pratiques, qui passent souvent par des lobbying discrets auprès des pouvoirs publics, engendrent des effets économiques pervers, car elles détournent les flux financiers vers des activités obsolètes ou en passe de le devenir.

Plus étonnant est le retour en force de Malthus dans le discours écolo. Dans son rapport « Living Planet 2008 », le WWF détaillant les pistes qui permettraient de réduire l’empreinte écologique – les surfaces naturelles nécessaires pour subvenir à la consommation de l’humanité et assimiler ses déchets. L’ONG en voit trois. Eduquer les individus et promouvoir les technologies vertes donnent de bons résultats, mais à court terme seulement. Pour une action à plus long terme, mieux vaut, estime le WWF, « réduire et au final inverser la croissance démographique ». Malthus, l’homme qui murmure à l’oreille des pandas ? Suite à la polémique suscitée par ce campagnonnage, James P.Leape, le directeur général de WWF International, pèse désormais ses mots : dans la version 2010 de ce rapport, il se contente d’indiquer que « satisfaire aux besoins de la population mondiale croissante n’est pas le moindre » des défis. C’est plus soft.

L’INDE COINCEE DANS UNE SPIRALE INFERNALE.

Le démographe américain, Kingsley Davis, prédisait en 1951 que la population indienne se stabiliserait un siècle plus tard à 700 millions d’habitants. D’après un rapport récent de l’Institut national d’études démographiques (INED), ce sera plus du double. Avec 1,7 milliard d’habitants en 2050, l’Inde dépassera la Chine (1,3 milliards). Le pays a pourtant mis en place une stratégie malthusienne de régulation des naissances, et ce, il y a plus de soixante ans. Pourquoi un tel échec ? Les politiques de planning familial et la diffusion des méthodes contraceptives n’ont-elle servi à rien ? En réalité, si. La natalité a bien baissé dans les années 1970 et 1980, mais la mortalité aussi. Les deux étant paralèles, le taux de croissance de la population n’a pas décru. C’est « l’inertie démographique ». Un casse tête pour le gouvernement : offrir un meilleur niveau de vie permet de diminuer les naissances. Mais du coup, les Indiens vivent plus vieux…