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Il a codifié les pratiques du commerce international.
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Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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THORSTEIN VEBLEN (1852-1929) : Il a fustigé l’avènement de la classe bling bling. Tel un anthropologue, cet économiste s’est penché sur les habitudes d’achat de la bourgeoisie américaine des années 1900. Son constat : elle dépense beaucoup pour épater le voisin. Cent ans plus tard, les Ray-Ban sont toujours de sortie.

SA VIE : Penseur iconoclaste, Veblen mérite mieux que l’étiquette de « doux dingue » qui lui colle à la peau. Dans les années 1870, ses parents, des émigrés norvégiens qui tiennent une ferme dans le Middle West, le poussent à faire des études. Elles sont étincelantes. Il s’initie à l’économie avec la futur star de la discipline John Bates Clark, puis enchaine un doctorat de philosophie à Johns Hopkins University.

Ses origines et son athéisme, l’empêchent de trouver un poste d’enseignant en philo. Il se retire pendant sept ans dans l’exploitation familiale pour se plonger dans un océan de livres. Il reprend ensuite des études d’économie à Cornell et à Chicago, où il est enfin embauché, à 34 ans. Malgré le succès de ses ouvrages, dont le plus connu est la « Théorie de la classe de loisir » (1899), il ne dépassera jamais le grade de professeur assistant. Hirsute, mal attifé, marmonnant ses cours et les truffant de digréssions, Veblen brille par son absentéisme en amphi et son mépris pour les autres économistes. Il donne à tous ses étudiants la même note 10 sur 20. Sa critique au vitriol des businessmen, héros d’une Amérique en passe de devenir la première puissance mondiale, n’arrange rien. Courreur de jupons, il doit changer d’université à plusieurs reprises, suite à d’éphémères liaisons avec des étudiantes ou des épouses de collègues. En 1920, il participe à la création de l’Alliance technique, un rassemblement de scientifiques et d’ingénieurs qui pensent pouvoir supplanter les classes affairistes contrôlant l’industrie. Las ! Ce groupe d’expert cesse ses travaux au bout d’un an. Peu de temps avant sa mort, en 1929, Veblen refusera la présidence de la prestigieuse American Economic Association pour se retirer… dans une cabane en Californie. Théoricien caustique de la « consommation ostentatoire », cet anticonformiste aura mené une existence en plein accord avec son œuvre.

SES THEORIES : Veblen n’a cessé d’étudier l’évolution réelle de la société, au contraire des économistes classiques et « néoclassiques » (un mot qu’il forge pour qualifier l’école marginaliste, dont les calculs de prix ou de production sont sous-tendus par l’hypothèse de maximisation de l’utilité). A une époque où l’économie, abstraite et déductive , reste fermée aux autres disciplines, il puise dans les enseignements de l’histoire et de la sociologie. Première observation : les comportements des consommateurs ne sont pas rationnels. Ce n’est pas la « satisfaction des besoins » qui les déterminent , mais les habitudes mentales, les conventions, l’envie d’impressionner les autres. L’émulation qui pousse un individu à acheter une voiture plus chère que celle du voisin peut ainsi l’amener à s’endetter au-delà du raisonnable. La « consommation ostentatoire » (vêtements chics, fêtes somptueuses, loisirs rares) n’a donc aucune utilité économique.

Conséquence : si le comportement d’un acheteur dépend de celui des autres consommateurs et de la publicité, l’analyse traditionnelle, selon laquelle l’ « homo oeconomicus » agit rationnellement dans son seul intérêt, s’éffondre. La fameuse « élasticité-prix » (plus c’est cher, moins il y a de clients) est d’ailleurs battue en brèche par l’effet Veblen », qui montre que la hausse du prix de certains biens de luxe provoque une augmentation de la demande. A l’en croire, la « classe de loisir » contemporaine, celle des hommes d’affaires qui manifestent leur réussite en étalant et gaspillant leurs richesses, ressemble à s’y méprendre à la minorité oisive (prêtres, guerriers, chef…) qui s’appropriait indûment, dans les sociétés primitives, le surplus de la production agricole. Véblen élargit ensuite son analyse. L’Amérique au début du XXème siècle est marqué par l’essor du machinisme, a puissance de la spéculation, l’émergence de monopoles géants et l’aggravation de cycles conjoncturels. Mais alors que les autres théoriciens sont toujours à la recherche d’un « équilibre économique », lui affirme que l’instabilité et l’oscillation entre croissance et récession sont inévitables tant que les capitalistes seront aux commandes. En empruntant de l’argent dans l’espoir de faire des profits, ils font en effet bondir l’activité et les prix, ce qui les conduit à espérer des profits encore plus importants et donc à réemprunter. Jusqu’au jour où un doute sur la réalité des bénéfices futurs conduit les banquiers à fermer le robinet du crédit. Les PME, à la trésorerie plus fragile, font alors faillite et la récession survient, jusqu’à ce qu’un nouveau cycle se réamorce.

Pour Véblen, les financiers et les chefs d’industrie sont des prédateurs dont le but n’est pas de fabriquer des produits améliorant le bien-être de la société, mais de faire de l’argent. Peu séduit par le marxisme (les théories de la valeur du travail et de la plus-value perdent de leur pertinence à l’ère du machinisme), il note que les profits dépendent souvent de la baisse de la qualité, du gaspillage des ressources et des hausses de prix décidés par les monopoles. A la classe parasite des affairistes, il oppose celle plus noble des ingénieurs et des techniciens, qui sont, eux, concernés par l’utilité, l’efficacité, la durabilité et la productivité. Selon lui, c’est en leur redonnant le pouvoir que l’on pourra mettre un terme à la consommation ostentatoire, planifier utilement la production ; résorber le chômage et en finir avec les récessions. Une vraie gageure, comme s’en rendra compte un Veblen devenu très pessimiste à la fin de sa vie.

SON ACTUALITE : Fondateur de l’institutionnalisme. Une école de pensée qui s’intéresse à l’évolution des « institutions » (firmes, Etats, individus, normes sociales) dont les interactions complexes définissent « le marché » - Veblen a longtemps été oublié, sauf par les publicitaires. Réétudié depuis les années 1970, sa « théorie de la classe de loisirs » a influencé les sociologues Pierre Bourdieu (qui a relevé la « distinction » liée aux pratiques culturelles) et Jean Baudrillard (pour qui les objets de consommation sont des « signes »). Autres voies ouvertes par Veblen : le conflit entre les détenteurs du capital et la technostructure, analysé par John Kenneth Galbraith, et les pratiques de prédation de l’Etat et des entreprises disséqués par son fils James Galbraith. Plus largement, la transdisciplinarité que revendiquait cet électron libre a inspiré des générations de chercheurs. Comme le note l’historien de l’économie Mark Blaug : « Les analyses en terme cybernétique […], les nouvelles théories des organisations et l’analyse des systèmes doivent sans doute quelque chose aux attaques répétées de Veblen et de Commons (NLDR : son disciple) contre le champs trop étroit de l’économie traditionnelle ».

Plus le vin est cher, plus il est perçu comme « Bon »

Publié en 2008 par l’académie des sciences américaines, une étude a montré qu’une piquette à 5 dollars est bien mieux notée par le même groupe de cobayes quand elle affiche un prix de… 45 dollars ! Plus étonnant : une zone du cortex orbitofrontal liée au plaisir s’anime davantage quand on boit le vin censé être le plus cher. Moralité : le prix brouille à la fois le jugement et les sens. C’est « l’effet Veblen », ou « effet de snobisme ».