ABOUT
CONTACT
DAVID RICARDO
Il a codifié les pratiques du commerce international.
THOMAS MALTHUS
Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
BOURSE
FINANCE
STRATEGIE
ECONOMIE
HISTOIRE


ECONOMIE

Frédéric Bastiat : Refuser le libre-échange, c’est mourir à petit feu.

Ce polémiste à la plume libérale bien trempée s’est élevé en 1840 contre la fermeture des frontières. Longtemps oublié, il fait désormais l’objet d’un véritable culte dans la droite américaine pour sa critique de l’Etat.

SA VIE : Né à Bayonne en 1801, Frédéric Bastiat appartient à une famille de notables originaire des Landes. Orphelin à 9 ans, il est élevé par ses grands-parents et arrête l’école avant le bac pour travailler avec l’un de ses oncles dans le négoce. Peu emballé, il prend ensuite les rênes d’une exploitation agricole. Là encore, le résultat n’est pas très probant. Bastiat n’a pas l’âme d’un gestionnaire. Ce qui le passionne, c’est l’économie politique. Il voyage, en Espagne et en Angleterre, où il rencontre les chefs du mouvement libre-échangiste. Il lit beaucoup – Jean-Baptiste Say devient vite son maître à penser – puis se lance dans l’écriture et publie ses premiers « Sophisme économiques ». L’humour et l’esprit incisif dont il fait preuve pour dénoncer, selon une analyse libérale, les raisonnements économiques erronés les plus couramment répandus à l’époque lui assurent un succès immédiat. Le Bayonnais monte alors à la capitale, où ses articles, publiés dans les journaux économiques, font s’esclaffer le Tout-Paris. Hostile aux lois et règlements qui augmentent les taxes à l’importation pour protéger l’industrie française, Bastiat, devenu député des Landes, riposte en 1845 avec un bijou de second degré, connu sous le nom de « Pétition des fabricants de chandelles ». La révolution de 1848, qui établit la 2 ème république, va lui fournir un nouveau cheval de bataille : les socialistes, auxquels il s’oppose par voie de presse. Ni de droite, ni de gauche, Bastiat s’intéresse peu à la politique politicienne ; il revendique sa liberté de ton et son positionnement indépendant. Ayant contracté la tuberculose, ce polémiste impénitent ne peut plus siéger à l’assemblée. Il décide de se soigner en Italie, où il essaie vainement d’achever le second tome de ses « Harmonies économiques », avant d’être emporté par la maladie en 1850, à l’âge de 49 ans.

SES THEORIES : La grande force de Bastiat, c’est de dresser contre les théories économique la plus efficace des armes : l’ironie. Premier exemple de ces paraboles dans lesquelles il excelle, le « cas du tunnel ». Voyez comme le monde est fou, dit-il : « Au prix d’efforts démesurés, on creuse un tunnel […] pour relier deux pays et faciliter les échanges. Et aussitôt fait, on s’empresse d’instaurer aux deux bouts des droits de douane, des contrôles et des tarifs qui auront pour effet de freiner les échanges ! Qu’y a-t-il de plus inepte que cette obsession à vouloir empêcher la libre circulation des biens ? ».

Autre cas d’école saisi par Bastiat : « le chemin de fer négatif ». Lors d’une discussion à l’assemblée sur la future ligne Paris-Madrid, un certain Simiot exige une interruption à Bordeaux, qui permettrait aux mariniers et autres entrepreneurs de faire tourner l’économie locale, et donc par ricochet, l’économie nationale. Bastiat prend un malin plaisir à tailler en pièce l’argument de son adversaire : « Si Bordeaux a le droit de profiter d’une interruption […], Angoulème, Poitiers, Tours, Orléans devraient également en demander une au nom de l’intérêt général […]. Ainsi nous aurons un chemin de fer composé d’interruptions successives qui, au lieu de réduire le temps de transport entre les deux villes, réussirait l’exploit d’aller plus lentement que les diligences traditionnelles ! ». Les maires de commune française qui réclament à cor et à cri « leur gare » TGV n’ont rien à envier au sieur Simiot…

Mais la charge qui fera passer Bastiat à la postérité reste sans conteste son hilarante « Pétition des fabricants de chandelles ». Cet adepte du libre-échange y apparaît particulièrement habile à démontrer l’absurdité du protectionnisme. S’adressant aux députés, il déclare : « Nous souffrons de la concurrence intolérable d’un concurrent étranger en ce qui concerne la production de lumière, qui inonde absolument le marché national à un prix fabuleusement bas […]. Ce rival n’est autre que le soleil. » Aussi, demande-t-il, « nous vous prions de faire une loi qui ordonne la fermeture de toute fenêtres, lucarnes, abat-jour, contrevents, volets, rideaux, vasistas, œil-de-bœuf, stores ; en un mot de toutes ouvertures […] par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons. […] Si vous fermez, autant que possible, tout accès à la lumière naturelle, est-ce que tous les industriels français n’en tireront pas bénéfice ? […] Si on consomme plus de suif, il faudra plus de bœufs et de moutons ; si on consomme plus d’huile, il faudra étendre la culture du pavot et de l’olive. […] Car, si vous écartez comme vous le faites le fer, le blé, les machines en provenance de l’étranger, à mesure que leur prix tend vers zéro, quelle inconsistance ce serait d’admettre la lumière du soleil, dont le prix est à zéro toute la journée ! » A bon entendeur…

Pour Bastiat, la grande erreur des socialistes est de croire que la puissance publique peut tout. « L’Etat, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre au dépend de tout le monde », écrit-il. Pur produit de l’école libérale, il prône une action gouvernementale limitée à l’essentiel. Son vœu ? « N’attendre de l’Etat que deux choses : liberté, sécurité.»

SON ACTUALITE : « Minarchiste », à savoir partisan d’un Etat minimal, Bastiat a milité pour l’instauration du suffrage universel et du vote des femmes, au nom de l’égal accès des différents groupes sociaux à la représentation nationale. Soucieux du respect de la séparation des pouvoirs, il a pointé du doigt l’incompatibilité entre les fonctions de ministre et de député. On parlerait aujourd’hui de « non-cumul des mandats ».

Il a surtout été l’un des premiers à dénoncer les dérives possibles des systèmes d’allocations. Avec cent cinquante ans d’avance, il prédisait : « Les abus iront toujours croissant et on en recalculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage, jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors, on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance. » Des arguments repris quasiment mot pour mot par ceux qui ne voient dans l’Etat providence qu’un système redistributif ruineux, juste bon à encourager l’assistanat. On ne s’étonnera donc pas que ce soit aux Etats-Unis que Bastiat ait rencontré le plus de succès… Le journaliste du « Wall Street Journal » Henry Hazlitt a largement contribué à sa redécouverte à travers son best seller « L’Economie en une leçon », paru en 1946. Peu connue pour sa francopholie, la droite conservatrice américaine ne cesse depuis quelques années d’encenser le Landais. Elle fait même se sa théorie de la « spoliation légale » - « la loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas » - un argument contre les réformes sociales (certains disent « socialistes ») de Barack Obama. Un come-back étonnant.