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DAVID RICARDO
Il a codifié les pratiques du commerce international.
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Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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MATIERES PREMIERES

Comment l’eau devint un produit.

« The Great Stink » (la grande puanteur) : c’est le nom qui fut donné à l’odeur nauséabonde des eaux fétides de la Tamise qui envahit Londres en ce chaud été 1858 et qui contraint le Parlement à ajourner sa session. De fait, au XIXème siècle, les grandes villes européennes et américaines sont confrontées à de graves problèmes d’adduction d’eau potable et d’évacuation des eaux usées. Les hygiénistes y voient la cause de la hausse du taux de mortalité dans les villes. La forte croissance démographique urbaine et l’afflux de pauvres qui s’entassent comme ils peuvent près de leur lieu de travail aggrave la situation sanitaire révélée par les grandes épidémies de choléra qui frappent Paris en 1832, Marseilles en 1835, Londres en 1832 et 1845. Et ces villes qui manquent cruellement d’eau potable, produisent toujours plus de déchets et de déjections. Porteurs d’eau. La situation ne va s’améliorer que très progressivement. C’est en Angleterre, pays le plus urbanisé au XIXème siècle (45% de la population vit dans les villes dès 1850, 75% en 1910), que les réseaux d’adduction d’eau se généralisent le plus tôt. Des réseaux souvent d’abord privés, puis très rapidement pris en main par les municipalités pour une meilleur répartition. Même phénomène aux Etats-unis : dès 1860, toutes les grandes villes de la côte Est ont des réseaux publics d’adduction. C’est également le cas des villes allemandes. En France, l’adduction d’eau est rare avant 1832. A cette date, seulement 0,1% de la population parisienne reçoit l’eau dans la cour de son immeuble. La ville est sillonée de porteurs d’eau qui s’approvisionnent dans la Seine en amont. La distribution s’améliore nettement au temps d’Haussmann, avec la multiplication des captations (dans l’Ourcq, mais aussi la Dhuis et le Vanne) et la création d’un réseau qui atteint 465 kilomètres en 1861. Tout à l’égout. Distribuer l’eau ne suffit cependant pas. Encore faut-il qu’elle soit saine et que le réseau soit imperméable aux eaux usées et autres déchets. La deuxième grande affaire est donc l’équipement des villes en services d’évacuation des déjections, des ordures et des eaux usées. Les réseaux de tout à l’égout ne se généralisent que dans les dernières décennies du XIXème siècle, d’abord en Angleterre) loi de 1865, plus tard en France (loi de 1894 obligeant les propriétaires à raccorder leur immeuble au réseau quand il existe). Ce qui n’empêche des villes comme Rouen, Bordeaux, Toulon ou Lyon de n’être que partiellement équipées en 1910, souvent au détriment des quartiers pauvres, où l’hygiène fait souvent défaut. L’état de la santé de la population s’améliore sensiblement dans les années 1890-1910, avec la construction de ces réseaux qui accompagnent un ensemble d’avancées dans l’hygiène publique, l’éducation, l’habitat et le niveau de vie. Cette évolution est permise par la montée de l’investissement public, sous la pression de nombreux acteurs : les électeurs (la démocratie joue là un rôle majeur) ; les hygiénistes et autres réformateurs sociaux, comme Edwin Chadwick en Angleterre, qui ont tiré la sonnette d’alarme dès les années 1830-1840 ; les scientifiques qui, de John Snow à Robert Koch et Louis Pasteur, révèlent le rôle de l’eau et l’origine microbienne des épidémies ; les ingénieurs, notamment des pont et chaussées en France, qui finissent par convaincre les autorités de la nécessité d’un système d’égouts ; les entreprises qui fournissent le matériel et l’expertise ; les édiles municipaux, qui décident et mettent en œuvre ; les dirigeants politiques de divers bords, motivés par leurs convictions humanistes, ou simplement par la nécessité d’améliorer le sort des « classes dangereuses ». D’autant plus que les épidémies franchissent les barrières de classes, malgré la ségrégation spatiale.