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Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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LA MORUE : Au début du XVIIème siècle, le juriste hollandais Grotius défendait la liberté de la pêche avec un argument massue : il est impossible d’épuiser les richesses de la mer. C’est ce qu’on a cru, ou feint de croire, jusqu’au milieu du XXème siècle.

Aujourd’hui, la liste des espèces marines menacées s’allonge de mois en mois. Et le vocabulaire diplomatique s’est enrichit d’un mot nouveau : la « surpêche ». L’épuisement de certaines espèces est le produit d’une réaction en chaine : pour faire face à la baisse des prises, la pêche devient de plus en plus intensive ; elle exploite des eaux de plus en plus profondes grâce au perfectionnement des technologies ; et l’utilisation de filets aux mailles plus serrés réduit le stock de poissons aptes à se reproduire. On a récemment beaucoup parlé de la querelle internationale soulevée par la pêche au thon rouge, mais l’exemple le plus chargé de symboles reste celui de la morue de Terre-Neuve. Légende. Les « Terre-Neuvas » sont entrés dans la légende. Leurs expéditions de plusieurs mois au départ des côtes européennes, la dureté de leur vie à bord, exposée aux tempêtes et au scorbut, et même leurs surcroîts caractéristiques – ces larges coiffes triangulaires destinées à les protéger des paquets de mer – ont inspiré les romanciers et les peintures. Si cette imagerie romantique s’est formée à partir du XIXème siècle, l’exploitation de la morue sur les bancs de Terre-Neuve a commencé beaucoup plus tôt. Des pêcheurs anglais s’y adonnèrent dès le début du XVIème siècle, vite suivis par des Normands, des Bretons, des espagnols, des portugais… Toute une économie de la morue se développe. « Vers les années 1780, écrit Stéphan Beaucher (1), la pêche morutière mobilise sur les mers près de 15000 hommes tous les ans. » Cette richesse attise les convoitises et provoque de violents conflits, entre Anglais et Français, notamment, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que l’on commence à s’inquiéter. Et pourtant, les prises, qui oscillaient entre 200 000 et 300 000 tonnes entre 1900 et 1950, vont atteindre le niveau record de 810 000 tonnes en 1968. Au début des années 1970, un accord international fixe des quotas, et les volumes redescendent au-dessous de 200 000 tonnes. Mais en 1977, pour évincer les pêcheurs étrangers, le Canada (dont Terre-Neuve fait partie depuis 1949) déclare sa bande côtière « zone économique exclusive » et lance à grands renforts de subventions un plan de modernisation de la pêche. Entre 1977 et 1981, le nombre de navires augmente de 23% et le volume de capture de 27%. Coup de grâce. L’épuisement des réserves devient cependant bientôt manifeste. Le ministre des Pêches, Johne Crosbie, annonce en 1992 un moratoire de deux ans sur la pêche à la morue. Mais dès l’année suivante, les autorités reconnaissent qu’il faudra au moins une décennie pour que les ressources se reconstituent. Le coup de grâce est porté un peu plus tard : à partir de 1998, des pêches expérimentales sont organisées pour évaluer l’état des réserves. De l’avis des spécialistes, elles ont achevé la destruction du stock. Au niveau mondial, les prises de morues ont été divisées par trois depuis une vingtaine d’années. Et aujourd’hui, il n’y a plus de morues sur les bancs de Terre-Neuve.