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MATIERES PREMIERES

Le Bois : La matière première qui a jusqu’ici posé le plus de problèmes à l’humanité est sans contestation le bois.

Combustible de base universel jusqu’à très récemment pour la cuisson, le chauffage, la métallurgie ou encore le travail du verre ou de la poterie, il est aussi un matériau de construction essentiel pour le bâtiment et les navires. Et c’est encore lui qui sert à produire le papier. C’est pourquoi, bien qu’il s’agisse d’une matière première renouvelable, sa surexploitation a été à l’origine de nombreuses catastrophes écologiques. Si la mésopotamie, naguère berceau de la civilisation, est devenue un désert, si Athènes a été vaincue par Rome, si Pétra, ville de Jordanie jadis riche et peuplée n’est plus qu’un fantôme de pierre au milieu du sable…, c’est à cause de la déforestation. L’histoire des hommes et des forêts ne se résume pourtant pas à une longue litanie d’échecs. Le Japon du XVIIIème siècle offre un exemple de gestion réussie de l’usage du bois : si ce pays est devenu l’un des plus industrialisés, bien qu’il soit également l’un des moins dotés en matières premières, c’est beaucoup parce qu’il a su éviter une déforestation catastrophique. Le temps des shoguns. Au début du 17 ème siècle, la victoire du chef de guerre Tokugawa Ieyasu mit fin à près de 150 ans de guerre civile. L’empereur lui accorda alors le titre héréditaire de chef des armées et en fit de facto le véritable chef de l’Etat Japonais. Le régime des shoguns était né. Pour asseoir leurs pouvoirs et frapper l’opinion, les trois premiers shoguns érigèrent presque 200 villes fortes. Or, à l’époque, les Japonais construisaient exclusivement en bois. Pour les trois plus grands châteaux bâtis par Ieyasu, il fallut abattre 25 kilomètres carrés de forêt.

Ces constructions et la poussée démographique due à la paix retrouvée entrainèrent une déforestation importante, avec un corollaire habituel : glissement de terrain, érosion accélérée, inondations, envasement des système d’irrigation en plaine limitant les récoltes, etc. Mais en 1657, le grand incendie de Meireki, qui détruisit la moitié de la capitale Edo (la futur Tokyo) et tua 100 000 personnes déclencha une salutaire prise de conscience. Les difficultés rencontrées pour se procurer le bois nécessaire à la reconstruction montrèrent l’étendue de la déforestation. Dès 1663, un édit interdit de fabriquer des boîtes en cyprès ainsi que des ustensiles domestiques en cèdres. En 1666, le shogun donna l’ordre de replanter dans le pays de nouveaux arbres. Au début du XVIIIème siècle, un code forestier extrêmement contraignant fut mis en œuvre, interdisant le débroussaillage par le feu ou le paturage du bétail dans les bois. Des inventaires précis des forêts furent dressés pour empêcher les abattages clandestins. Les cèdres et les chênes furent réservés à l’usage gouvernemental. Et, parallèlement, les japonais devinrent des pionniers d’uns sylviculture élaborée notamment avec le Nogyo zensho, un grand traité publié en 1697 par Miyasaki Antei. Compte tenu de l’ampleur des capitaux nécessaires, de la durée de leur immobilisation, des risques nombreux (tempêtes, incendies, maladies…) et de la forte incertitude sur le prix du bois au moment où il peut être coupé, la sylviculture ne peut se développer que dans un cadre fortement organisé par les pouvoirs publics.

Cela fut heureusement le cas dans le Japon des shoguns. De fait, à partir de la fin du XVIIIème siècle, la tendance était inversée et la forêt japonaise reconstituée. Outre l’intensité des précipitations, favorables au développement de la végétation, un autre facteur explique le succès du Japon dans la lutte contre la déforestation : le régime alimentaire des Japonais. Ils n’ont en effet jamais développé une consommation de viandes nécessitant un élevage intensif, dévoreur de forêts du fait des paturages nécessaires. Très tôt, l’apport en protéines a été recherché au Japon prioritairement du côté des produits de la mer. Ce qui n’est toutefois pas sans poser d’autres problèmes, dont celui de l’épuisement des ressources halieutiques…