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DAVID RICARDO
Il a codifié les pratiques du commerce international.
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Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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LES MINES D'ARGENT : « Ils s’en goinfraient, ils en voulaient comme des porcs », témoigne un indien nahuatl.

« Ils » ce sont les conquistadors espagnols débarqués sur les rivages de l’Amérique en 1492, assoifés d’or et d’argent. Une soif qui ne leur portera pas chance du point de vue économique. Car s’ils découvrent des quantités inouies de métaux précieux dans le nouveau monde, l’exploitation de ces richesses ne tourne pas à leur avantage. L’Histoire économique impute à ces métaux précieux la responsabilité d’une inflation galopante : « la cause principale et presque unique de la montée des prix est l’abondance d’or et d’argent », explique Jean Bodin en 1568. En réalité, cette théorie quantitative de la monnaie est aujourd’hui contestée : les historiens ont en effet observé que les flux de métaux précieux et les hausses de prix sont déphasés. Le « mal » ibérique est en fait d’une autre nature.

Tout commence pourtant très bien pour les conquistadors. Outre les richesses accumulées par les Amérindiens, pour qui ces métaux sont des symboles religieux, ils découvrent en 1545-46 les immenses gisements d’argent du Potosi en Bolivie et Zacatecas dans le nord du Mexique. Et ils réduisent en esclavage pour les exploiter. L’argent représente rapidement 95% des quantités de métaux précieux fournies à l’Europe par le nouveau monde après 1560. Les techniques d’extractions se perfectionnent : les espagnols apprennent des Allemands le procédé d’amalgame au mercure qui provient à partir de 1570 du gisement de Huancavelica au Pérou.

EVASIONS. Mais ces richesses n’arrivent pas directement dans la bourse de la couronne espagnole. Une grande quantité s’évade ailleurs : entre un tiers et la moitié des réaux d’argent du Mexique part d’Acapulco vers les Philippines pour payer des produits de luxe asiatiques (soierie, porcelaine…) au bénéfice des colons du Mexique ; une autre partie aboutit sur les bords du rio de La Plata (la rivière de l’argent) et participe à de fructueux échanges avec le Brésil. Quant aux stocks qui parviennent finalement en Espagne, ils n’y restent pas longtemps : une partie alimente les guerres des Hasbourgs en Allemagne et en Italie ; une autre sert au remboursement des créanciers de la couronne à Anvers, Augsbourg, Lyon ou Gênes ; et une dernière finance des importations de France, des Pays Bas et d’Italie.

En 1686, la flotte espagnole qui s’en retourne vers l’Amérique emporte à son bord, en valeur 5,5% de produits espagnols, 12% de produits hollandais, 15% de produits anglais et 39% de produits français.

Au bout du compte, le profit réel pour l’Espagne est assez faible. Les torrents d’or et d’argent qui coulent au nouveau monde irriguent surtout le commerce européen, à commencer par Amsterdam, qui s’impose au XVIIème siècle comme sa principale plaque tournante. Pour le reste, ils nourissent le « mal ibérique » : une économie de rente qui entrainera un grand retard de développement en Espagne.