De l’abondance à l’épuisement.

Au commencement était la nature. Une nature parfois hostile, mais riche et généreuse. L’eau des rivières, le bois des arbres, le poisson des mers, la viande des animaux, le minerais du sous-sol…, toutes ces ressources, les hommes vont peu à peu apprende à les extraire, les cultiver, les transformer, les échanger. Dans le même mouvement, ces choses qui n’appartenaient au départ à personne deviennent rapidement objet d’appropriation, de valorisation, d’accumulation, de convoitises, voir de guerres. Les « matières premiuères » cessent ainsi d’être de simples dons de la nature pour devenir des biens et entrer dans l’histoire. Pour elles, on contourne les lois (contrebande de tabac, de café, d’épices), on se bat (guerre de l’opium), on traverse le monde (la ruée vers l’or), on réduit d’autres en esclavage (dans les plantations de cannes à sucre, de coton…).

Mais leur disponibilité et leur exploitation ont aussi été un levier du développement. La laineanglaise du 13° siècle donne naissance à la première industrie textile,, l’or californien est un puissant ressort du peuplement de cette région… Retracer l’histoire des matières premières, c’est revisister simultanément les rapports de l’homme à la nature et les principaux mécanismes économiques qui régissent les rapports des hommes entre eux. Et malgré la tertiarisation de l’économie, le développement de la finance et l’extension des échanges immatériaux, les matières premièresrestent au fondement de nos économies et de nos équilibres géopolitiques.

Il est d’autant plus utile de reprendre le fil de cette histoire aujourd’hui et méditer les leçons qu’un nouvel élément pointe à l’horizon : l’épuisement des ressources. Les hommes croisent de nouveau les chemins de la rareté. Non du fait des limites de leurs techniques et de leur pouvoir sur la nature, comme autrefois, mais justement à cause de ce pouvoir. Toujours plus nombreux et mieux armés pour extraire ces richesses, ils commencent à comprendre qu’ils sont les principaux artisans de ce crépuscule de l’abondance. Le fait qu’avec la mondialisation et le décollage des pays émergents, des centaines de millions d’individus supplémentaires se voient invités à la table du festin humain ; crée en effet une pression sans précédent sur l’accès aux matières premières. Dans un tel contexte ; celle-ci redeviennent plus que jamais objets de rivalités, de rentes, de spéculation et de conflits potentiels.